Carnet De Bord, le blog qui voyage entre Rhône et Saône, au cœur de l'actualité culturelle et artistique.

Les nouvelles de l'équipage !

Revue Carnet de Bord édition sept-dec 2011.
Carnet De Bord ne change pas de bord... mais de format ! Vous avez connu la revue, voici un petit nouveau dans la famille : le blog culturel !

Pour naviguer par tous les temps et sur toutes les eaux, retrouvez nos grandes rubriques :
2. ARRÊT AU PORT, L'AGENDA CULTUREL LYONNAIS : 
Théâtre.
Expositions.
Visites.

3. TOUS SUR LE PONT : 
Les actions bénévoles.

4. PLONGEON PHOTOGRAPHIQUE :
L'actualité lyonnaise en image.

5. LES BONNES ADRESSES POUR NAVIGUER EN TOUTE SÉRÉNITÉ.


Carnet de Bord vous souhaite une agréable traversée !


C. Hargreaves, La Ballade Du Vieux Marin. (THEATRE)

La Ballade Du Vieux Marin, théâtre de la Croix-Rousse
Nous avons commencé par une rencontre avec C. Hargreaves. Son périple jusqu'en Argentine par cargo pour retracer l'itinéraire du vieux marin a mené la comédienne à de nombreuses rencontres. Elle raconte avoir vécu des évènements particuliers, intenses, très symboliques pour elle, très marquants sans pour autant en ressortir ce qu'elle allait y chercher. Qu'allait-elle rechercher ? Voilà une question bien simple mais qui, prise au sens large en ce qui concerne l'expérience de C. Hargreaves, se révèle être bien plus profonde.

En effet, ce long voyage initiatique allait précéder l'adaptation théâtrale de La Ballade Du Vieux Marin, poème écrit par Samuel Taylor Coleridge. Il s'agissait donc d'y trouver une inspiration, une question centrale pour ensuite concevoir le spectacle. Lors de la rencontre, nous sentons une certaine frustration de C. Hargreaves qui semble en fait revenir bredouille. Nous sommes alors deux semaines avant la première représentation, et elle-même le dit, « (ils sont) en retard, il ne reste que deux semaines ».

La Ballade Du Vieux Marin, théâtre de la Croix Rousse.
Le soir de la représentation, une question demeurait ouverte : qu'ont-ils pu trouver en deux semaines ? Les acteurs se présentent alors les uns à côté des autres après avoir expliqué dans les gradins ce qui se passait dans le poème au public puis la représentation continue. Un bon nombre de personnes vont quitter la salle, il faut le dire. Jack Sparrow, personnage divertissant hollywoodien par excellence et connu de tous sera lui aussi du voyage mais pourquoi ? Le théâtre a tout de même une dimension, une voix poétique ! Il semble qu'avec un texte de Samuel Taylor Coleridge nous sommes tout de même au delà d'un divertissement pour un soir. Ne mentons pas, un vide est ressenti, un manque, de l'énervement. Que fallait-il voir ? Après la mort de l'albatros, celle du théâtre ? Il ne s'agit pas ici d'un jugement trop sévère ou rapide, mais seulement d'interrogations béantes suite à la proposition que C. Hargreaves nous fait d'un texte, d'un POEME qu'elle a pourtant vécu profondément.

Dans cette aventure, C. Hargreaves propose encore deux rendez-vous avec son travail autour de La Ballade Du Vieux Marin. La suite se déroulera au Centre Théo Argence au mois d'Avril et le troisième instant de cette quête sera pour 2013. Ne nous arrêtons pas aux premières impressions et creusons avec C. Hargreaves ce chantier inachevé. 

V. Marinese, 4 : 48 Psychose. (THEATRE)

Mardi soir, ce n'était pas un soir théâtre. Chacun a ses expériences, ses sentiments et ressentiments, en l'occurrence, mardi soir, je ne sentais ni ne ressentais la perspective de mon corps au théâtre.

4. 48 Psychose, Sarah Kane, mise en sc, V Marinese.
Et puis 4 : 48 Psychose a commencé. Fort. Fini les pré-sentis, les déjà-sentis, les ressentons. Il s'agissait de vivre. Une mise en abime est toutefois nécessaire, tout comme V. Marinese qui se prépare sur le carré blanc en sautant brutalement à la manière des boxeurs avant le combat. La brutalité des mots, du corps – des corps – se vit intensément en effet. Les paroles s'enchaînent, le jeu se déchaine. La femme souffrante semble seule face à nous et ses tentations suicidaires tout en restant paradoxalement très proche. L'ampleur de ce rôle, ses tiraillements, ses travestissements et son androgynie atteint une telle vérité que le public lui aussi se sent concerné voire cerné par cette psychose. C'est cette psychose qui a d'ailleurs œuvré pour changer la scène. L'espace est véritablement vécu, abimé par les comédiens. V. Marinese endosse donc l'habit ou peut-être faudrait-il dire les habits de la patiente et est accompagnée dans cette aventure par F. Godard, qui représente quant à lui le monde médical. La mise en scène est également signée V. Marinese.

V. Marinese, est très impliquée pour l'ouverture au public vers le théâtre contemporain, la découverte de cet univers par le dialogue et l'échange en milieu scolaire et universitaire. N'hésitez donc pas à vous renseigner où et comment la rencontrer à l'issu d'une représentation, cela en vaut la peine ! Pourquoi ? Tout simplement parce-que c'est sa voix douce qui portera vers des univers qu'elle connait et qui la passionne, toutes ses explications semblent poétiques. Elle vit intensément sa rencontre avec le théâtre contemporain qu'elle travaille depuis maintenant dix années et transmet donc de façon accessible ses propres émotions et fait part de ses influences pour la construction de son univers personnel. Une belle ouverture avant ou après le spectacle !

C. Garcia Fogel, Fous Dans La Forêt. (THEATRE)



Fous dans la forêt, C Garcia Fogel.



Fous dans la forêt nous transporte dans l'univers musical des sonnets de Shakespeare mais pas seulement. Ce spectacle nous mène également vers l'univers plutôt jazz de C. Garcia Fogel, la metteuse en scène, comédienne et chanteuse pour cette occasion. Comme elle l'explique elle-même lors d'une rencontre au théatre des Célestins, la mise en place fut difficile et longue. C. Garcia Fogel recherchait un élément bien précis dans l'adaptation des sonnets. Par un sentiment d'épuration et de fragilité, cette dernière portait son questionnement sur les axes plus mélancoliques, narcissiques développés dans les textes de Shakespeare. Par ailleurs, les vers que propose Shakespeare se font en 10 pieds et complexifient amplement le travail musical autour ce ces sonnets. Quelque part, les sonnets paraissent assez hermétiques à toute forme de musicalité autre que celle qui est déjà développé en leur sein. Cet aspect assez complexe de la démarche peut se ressentir pendant le spectacle, et nous coupe quelque peu de ce qui est proposé. Toutefois, la mise en scène que C. Garcia Fogel propose, prend en compte cette notion d'accessibilité. Une bâche en plastique sur laquelle sont projetés des mots, des vers, donnent au spectateur un réel point d'ancrage pour la compréhension de ses textes et de ses chansons. Les mots volent d'une certaine façon sur tout l'espace, sur les corps, les traductions sont à prendre au vol elles-aussi et font de ce spectacle un moment assez ludique finalement.
Fous dans la forêt, C. Garcia Fogel.
À la fin du spectacle, des airs nous restent dans la tête et l'impossibilité de retrouver ces chansons peut paraître assez dommage, mais après tout pourquoi ne pas y retourner une seconde fois ?



Wallace Shawn, Fever. (THEATRE)


Simona Maïacanescu dans Fever.
J'adore que l'on me raconte des histoires. Ce genre d'histoires qui demandent un temps de mise en place, ces histoire que l'on prévoit de se faire raconter. Des histoires drôles, tragiques, sensibles, injustes, tirées de livres le plus souvent. Et pourquoi pas pour ce soir, une histoire tout droit venue des planches ? De la scène ? Pour le public lyonnais installé dans la Célestine (salle de théâtre). Oui pourquoi pas une histoire improvisée pour nous et pourtant bien répétée pour sa conteuse, Simona Maïcanescu.
La femme arrive d'un côté doucement, douce, puis prend place, debout devant nous. Pendant près d'une heure trente, la femme garde la même position. Elle ne peut en changer, sauf pour enlever son manteau, se mettre à nue pour raconter un instant plus qu'une histoire mais la vérité. Ceci n'arrive qu'à la fin du spectacle. Avant cela, nous est conté, non sans humour, le constat de l'attachement est perçu avec les interventions spontanées de la femme. Cet attachement se dresse sur les valeurs accordées à l'argent, au pouvoir, au partage des richesses. Dans cette histoire, nous voyageons, nous relisons Marx, nous rencontrons les amis de cette femme et les personnes qu'elle-même rencontre pendant son histoire.
Par la justesse des termes, du jeu, des enjeux et des thèmes de cette oeuvre, il ne nous reste que deux choses à faire :
  • acheter le Capital de Marx en pensant à l'auteur, l'éditeur, le scripte, l'imprimeur, le libraire, qui ont permis l'acheminement du livre à nous.
  • Retourner voir, entendre, vivre Fever une seconde fois.



Le fond ancien de la bibliothèque Lyon Part-Dieu. (VISITE)

Fond ancien de la bibliothèque municipale de Lyon.
Ce n'est que rarement que l'on s'imagine ce que représente notre héritage et notre patrimoine en tant que matière et en tant que quantité. Naturellement, le patrimoine nous entoure, l'architecture des siècles précédents peut encore nous loger, nous tentons de préserver au mieux les objets qui font notre histoire mais qu'en est-il des sources écrites ? Ces livres anciens, souvent inaccessibles, peuvent-ils encore s'ouvrir à leurs lecteurs contemporains ? Doivent-ils conserver et préserver leurs secrets et leurs idées des regards et d'une manipulation trop insistante ?
Une rencontre insolite au silo ancien de la bibliothèque de Lyon nous donne quelques éléments de réponse. Dans ce lieu, des milliers de livres sont soigneusement répertoriés et patientent silencieusement sur des mètres d'étagères. Une atmosphère particulière se dégage de ces longues rangées de manuscrits anciens, de reliures. Tels des philosophes reclus dans leur monde, ces écrits semblent faire reposer sagement le savoir qu'ils enferment. Pourtant une véritable présence se dégage. Ces livres, de part leur ancienneté, leur format, leur odeur, nous transmettent une certaine vie. Certains soupirent, d'autres soufflent, inspirent et scrutent eux-même leurs visiteurs. Les rôles s'inversent et nous n'observons plus les ouvrages, ce sont eux qui nous jettent des coups d’œil discrets, insistants, perçants, ils ont chacun leur caractère.
Il nous est alors proposé d'examiner de plus près un de leur confrère datant de 1586. L'ouvrage en question appartient à un ensemble de 12 reliures ayant appartenu à la Confrérie de la Mort. La couverture, particulièrement luxueuse présente des emblèmes reconnaissables – squelette, sablier, décor macabre – et renvoie à une symbolique précise par des allégories de la mort, du temps... Puis, il s'agit de le réveiller réellement : les pages se tournent délicatement, quelques paroles murmurées s'échappent, mais la peur de blesser l'ouvrage reste bien présente, en effet, il s'agit en aucun cas de le brutaliser, de le perturber. Ce n'est qu'un court instant privilégié qui est vécu ici mais tellement intense, tellement vrai, sensible. Une rencontre éclairante avec ces différents visages de notre héritage. Ils étaient nombreux mais ne représentent qu'une petite partie de ce que le fond ancien de la bibliothèque propose. Elle même ne donne à voir qu'une infime part de ce que la bibliothèque nationale de France contient. Son contenu n'étant que minime par rapport aux bibliothèques européennes... la liste peut continuer encore et encore. Il s'agit néanmoins de prendre conscience de la nécessité de conserver, faire vivre et regarder vivre ces ouvrages non pas contre le temps mais avec le temps.

Joachim Koester, Of Spirits And Empty Spaces. (EXPOSITION)


Tarantism, J. Koester.
Au début du parcours, de longs panneaux de planches de bois nous font face. Ils semblent à la fois nous guider vers un espace caché, dissimulé tout en freinant le spectateur qui ne sait dans quelle immersion il sera plongé. Il s'agit en effet d'une immersion, et ceci paraît compréhensible dès le franchissement de ces « barrières » naturelles. Variations of incomplete open cubes, support vidéo, nous accueille alors et un sentiment de frustration en découle. Inspiré des cubes blancs que propose l'artiste minimaliste Sol LeWitt, deux mains sont mises en scène et tentent dans une fragmentation totale de joindre une structure cubique également. Tension et frustration s'en dégagent et nous laissent dans une position tout à fait inconfortable mais néanmoins nécessaire pour sentir ce basculement entre rationalité et irrationalité que nous propose Joachim Koester.
Variations Of Incomplete Open Cubes, J. Koester.
Tout au long du parcours il s'agira d'expérimenter. Des structures en bois ponctuent un réel cheminement qui, divisé selon les différentes salles, semble pourtant n'être qu'un seul espace nocturne permettant de vivre pendant un temps différentes expériences. Le Haschiche, les sciences de l'occulte, le chamanisme et autres recherches mentales, sensibles et physiques sont interrogés et retravaillés selon des concepts propres à l'artiste. À certains moments de l'exposition, il peut d'ailleurs arriver que l'on se trouve aspiré dans ce rituel d'initiation. Tarantism nous invite à rejoindre une danse décomposée et à n'écouter que son corps et ses tiraillements. La femme qui explore le site de l'abbaye de Thelema dans one+one+one, nous plonge également dans un univers mystérieux, que l'on cherche tout comme elle à découvrir. Des photographies accompagnent les supports vidéo ainsi que des installations en bois.

Un voyage à effectuer seul ou accompagné sans se soucier de la durée, car le temps passé dans cet univers mérite d'être vécu réellement et longtemps.