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| Fond ancien de la bibliothèque municipale de Lyon. |
Une rencontre insolite au
silo ancien de la bibliothèque de Lyon nous donne quelques éléments
de réponse. Dans ce lieu, des milliers de livres sont soigneusement
répertoriés et patientent silencieusement sur des mètres
d'étagères. Une atmosphère particulière se dégage de ces longues
rangées de manuscrits anciens, de reliures. Tels des philosophes
reclus dans leur monde, ces écrits semblent faire reposer sagement
le savoir qu'ils enferment. Pourtant une véritable présence se
dégage. Ces livres, de part leur ancienneté, leur format, leur
odeur, nous transmettent une certaine vie. Certains soupirent,
d'autres soufflent, inspirent et scrutent eux-même leurs visiteurs.
Les rôles s'inversent et nous n'observons plus les ouvrages, ce sont
eux qui nous jettent des coups d’œil discrets, insistants, perçants,
ils ont chacun leur caractère.
Il nous est alors proposé
d'examiner de plus près un de leur confrère datant de 1586. L'ouvrage en question appartient à un ensemble de 12 reliures ayant
appartenu à la Confrérie de la Mort. La couverture,
particulièrement luxueuse présente des emblèmes reconnaissables –
squelette, sablier, décor macabre – et renvoie à une symbolique
précise par des allégories de la mort, du temps... Puis, il s'agit
de le réveiller réellement : les pages se tournent délicatement,
quelques paroles murmurées s'échappent, mais la peur de blesser
l'ouvrage reste bien présente, en effet, il s'agit en aucun cas de
le brutaliser, de le perturber. Ce n'est qu'un court instant
privilégié qui est vécu ici mais tellement intense, tellement
vrai, sensible. Une rencontre éclairante avec ces différents
visages de notre héritage. Ils étaient nombreux mais ne
représentent qu'une petite partie de ce que le fond ancien de la
bibliothèque propose. Elle même ne donne à voir qu'une infime part
de ce que la bibliothèque nationale de France contient. Son contenu
n'étant que minime par rapport aux bibliothèques européennes... la
liste peut continuer encore et encore. Il s'agit néanmoins de
prendre conscience de la nécessité de conserver, faire vivre et
regarder vivre ces ouvrages non pas contre le temps mais avec le
temps.
